Museum Dr. Guislain

Histoire de la Psychiartrie

L’actuelle collection du musée s’est développée au départ d’une  'collection basique’ d’objets d’autrefois conservés et parfois exposés dans l’enceinte de l’Hôpital Docteur Guislain. La pièce maîtresse était une collection d’instruments de coercition datant de la fin du XVIIe  et du début du XIXe siècle employés dans la maison des fous  à Gand. C’est au début des années 80 que le Fr. Dr. René Stockman, l’actuel conservateur du musée et supérieur général des Frères de la Charité, devient directeur général du centre psychiatrique Dr Guislain. Il voit le valeur des bâtiments et des objets anciens qui y étaient conservés. En créant le Musée Docteur Guislain,  il voulait réagir à la grande ignorance planant sur le sujet mais également répondre à la curiosité pour l’histoire des soins de santé mentale en général et de la psychiatrie en particulier.

 

Collectionner

Une première phase de la gestion de la collection consistait à examiner et à cataloguer tous les objets anciens présents dans l’institut. Il s’agissait donc avant tout de faire l’inventaire des trouvailles, de passer au peigne fin les greniers, caves et espaces de rangement de l’institut. D’ailleurs une politique de gestion d’acquisition active était menée par la le Musée. La grande majorité de la collection a été acquise par le Musée soit par l’achat, soit par des legs ou donations.  Une petite partie seulement relève de prêts à l’usage à court ou à plus long terme.

 

La collection retraçant l’histoire de la psychiatrie est particulièrement hétéroclite et se compose d’objets qui se rapportent tant à la période de pré- psychiatrique, à celle des sciences du mental avant  Freud, qu’à la psychiatrie à orientation biologique. Les structures, infrastructures sociales et thérapeutiques, les établissements et hôpitaux psychiatriques demeuraient sans cesse tributaires des différents changements. La même chose vaut pour la législation. Pour la seule période de la psychiatrie institutionnelle proprement dite, (celle des années 1920-1930, lorsque les asiles d’aliénés se refermèrent hermétiquement du monde extérieur et produisaient en autarcie toutes leurs ressources) le Musée dispose d’un grand nombre d’objets susceptibles d’être exposés.

 

L’histoire

La collection peut être répartie en plusieurs sections. La section préhistorique nous retrace la période de la préhistoire jusqu’au Moyen Âge. De la magie en passant par les premières vues médicales systématiques du monde antique jusqu’à surtout la vision judéo-chrétienne de la démence. Au Moyen Âge, plusieurs idées concernant la maladie et la santé sont véhiculées les unes à côté des autres et se confondent parfois. Les déments sont enfermés dans des maisons de fous, considérés comme des possédés ou poursuivis pour sorcellerie. De temps à autre, ils sont accueillis avec compassion et miséricorde comme ce fut le cas dans la ville de Gheel en Belgique où le culte de sainte Dymphne débouchait sur des soins prodigués en famille et l’intégration des déments dans le cercle familial.

 

Le deuxième volet de la collection illustre l’avènement d’une psychiatrie moderne, scientifiquement fondée et aboutit à la conception moderne de l’asile. Sous l’influence des Lumières, plusieurs personnalités se font dans les pays européens les défenderesses d’un traitement humainement et médicalement justifié des déments. L’hôpital psychiatrique moderne prend ainsi forme et les premières lois concernant les aliénés voient le jour.

Pour ce qui est de la Belgique, c’est à Gand -la ville natale du Dr Joseph Guislain- où se trouve le berceau des soins institutionnalisés aux malades mentaux ét la fondation du psychiatrie moderne.  Les moyens de coercition récupérés de l’ancienne maison de fous de Gand nous montrent comment étaient traités auparavant les personnes démentes alors que d’autres témoignent de certaines thérapies que les premiers psychiatres avaient développées tels que la thérapie de la peur et de la rotation qui en font aujourd’hui sourciller plus d’un.

 

La troisième partie de la collection permanente porte l’attention à l’avènement de la psychiatrie à orientation biologique, sous l’impulsion de Kraepelin et de Bleuler, avec des thérapies intervenant parfois très fortement sur le corps et l’état de conscience. L’asile connaît à cette époque également un développement considérable. Les institutions psychiatriques abritent un nombre toujours plus important de patients et se retranchent hermétiquement du monde extérieur. Le monde du malade mental sort du champ de vision du reste de la société. En Allemagne, il est ainsi satisfait à l’une des conditions aboutissant à l’extermination de groupes de personnes jugées indignes de vivre, dans une sorte d’holocauste passé sous silence. Mais également dans le reste du monde (médical), cette conception très répressive de l’image de l’homme va bon train.

Sous l’influence des mouvements d’émancipation des années 60, les asiles psychiatriques fermés sont toujours plus mis sur la touche. Les patients et leurs proches exigent plus de droits ce qui mènera à terme à l’application de nouvelles législations dans toute l’Europe et à la disparition progressive de l’ancien asile. L’accent est davantage mis sur la (ré)intégration sociale. Pour la première fois depuis longtemps, le ‘fou’ et le ‘normal’ se regardent les yeux dans les yeux. Une nouvelle forme de cohabitation voit péniblement le jour.

 

Aujourd’hui la réintégration est le mot-clé de la psychiatrie avec l’accentuation de soins ambulatoires et des équipes mobiles. Lorsqu’il est admis, le patient doit garder le plus possible des contacts avec son environnement en dehors de l’institut. Il puisse ainsi retrouver le plus vite possible sa place dans la société.

 

Photographie

Une part importante de la collection de l’histoire de la psychiatrie se compose d’un grand nombre de photos. Ceci  ne tient pas au hasard étant donné que la psychiatrie flirte avec la photographie a entretient des liens privilégiés avec elle . En 1850 déjà, le ‘psychiatre’ écossais Dr Diamond avait décidé de ne plus illustrer ses manuels de gravures mais plutôt de photos. Les clichés avaient, selon lui, l’avantage de jeter un regard ‘plus objectif’ sur la maladie psychique. Son ambition allait même plus loin: les photos pouvaient selon lui aider à définir une véritable typologie dans les pathologies psychiques.

Les premières séries dédiées à l’ ‘Hospice Guislain’ datent de 1860 déjà. Une deuxième volée date de 1887: une institution modèle se fait connaître du monde extérieur au moyen de photographies. En 1930 une importante série montrait la vie et les travaux en psychiatrie. Le musée s’est proposé de poursuivre cette tradition et charge à un certain nombre de photographes belges de renom parmi lesquels Stephan Vanfleteren, Lieve Blancquaert et Michiel Hendryckx, a photographier la vie en milieu psychiatrique. La collection ne se limite ainsi pas seulement aux séries historiques mais comprend également les œuvres de photographes contemporains portant la réflexion et le questionnement sur la maladie et l’état de santé, sur la  normalité et l’altérité.